Contre-Nature au MO.CO. à Montpellier

l'affiche de l'exposition

Une exposition de céramiques, hors des sentiers battus, dans un lieu majeur de l'art contemporain : l'exposition est intelligente, sensible et stimulante. Un régal des yeux et de l'esprit. Elle donne envie d'aimer la céramique et elle conforte ceux qui l'aiment déjà dans leur passion.

Tous les amateurs de la céramique mais aussi tous ceux qui ont envie de comprendre ce qui fait la créativité et la dynamique actuelles de cet art  seraient avisés de faire le déplacement de Montpellier et de passer un moment à l'exposition qui vient d'ouvrir au MO.CO. La Panacée à Montpellier, Contre-Nature, la céramique à l'épreuve du feu.

Les commissaires, Vincent Honoré et Caroline Chabrand ont évité tous les pièges et les clichés qui biaisent a priori le regard sur la céramique. Ils ont abordé le projet sous l'angle du modelage et l'artifice. Ils ont rencontré tous les artistes en cherchant à comprendre leur démarche avec sympathie.

L'exposition présente aussi bien des artistes relevant du circuit des galeries que de celui du monde céramique, des jeunes artistes peu connus que des artistes renommés;  La scénographie ne sous entend aucune hiérarchie. Les œuvres sont traitées en fonction de leur puissance d'expression et de l'imaginaire qu'elles portent. 

Cette attitude, confiante, a conduit plusieurs artistes, comme Bryan Rochefort, à préparer des œuvres spécialement pour l'exposition. De plus, les auteurs sont représentés par plusieurs œuvres que l'on retrouve à différents stades de l'exposition variant les confrontations et les juxtaositions.  Certains, comme Anne Wenzel, Sylvie Auvray, Marlène Mocquet, bénéficient de salles monographiques dont elles ont conçu la présentation. 

La scénographie, aussi, innove. Pas de socles blancs mais des plateaux d'une douce couleur bistre soutenus par des briques industrielles noires. La formule des plateaux permet une grande souplesse dans les rapprochements. La visite est fluide, symphonique;

Bernard Bachelier

 

MO.CO. Panacée 14 rue de l'Ecole de Pharmacie, Montpellier

https://www.moco.art/fr/exposition/contre-nature

la salle consacrée à Sylvie Auvray, un ensemble de masques et des "pots" cuits au bois à la Borne chez Charlotte Poulsen présentés sur des supports en résine conçus par Sylvie Audray

les textes de présentation

Contre-Nature est une exposition peuplée de monstres, de formes insolentes et hybrides : ces créatures grotesques, d'émaux et de terres, forment un monde luxuriant, originel, mystérieux, inquiétant ou hallucinatoire. La nature est artifice et l'artifice se fait nature pour décatégoriser les échelles et valeurs, renverser perceptions et poncifs sur la sculpture et la tradition céramique. Les œuvres rassemblées traitent moins de céramique en tant que folklore que de modelage et d'alchimie comme techniques et magies. L'eau, la terre et le feu en sont les composants essentiels, inégalables de ces mondes nouveaux : « on appelle contre-nature ce qui est contre la coutume. » (Montaigne).

Il ne s’agissait pas de déployer une histoire exhaustive de la céramique, mais de se concentrer sur le modelage,sur le corps-à-corps avec la matière, et son rapport contradictoire au « naturel » en déployant trois « climats » formels, regroupant chacun des ensembles significatifs des artistes exposés. Le premier climat explore la relation antinaturaliste de la céramique quand elle génère une nature plus vraie que nature. Les couleurs explosent, révèlent la céramique et l’émaillage comme un art fauve de pigments, de valeurs chromatiques (Tamara Van San), de tonalités détonantes (Takuro Kuwata, Sandrine Pagny, Brian Rochefort, Mathilde Sauce, Katrina Schneider, Nick Weddell). Les formes se font végétales, sexuelles, foisonnantes, ntropicales (Salvatore Arancio, Marianne Castelly, Claire Lindner, Sterling Ruby, Elsa Sahal, Marion Verboom).

Le deuxième climat est aride et minéral. La cuisson par le feu apparaît et réveille un émaillage terreux boisé ou laiteux (Gisèle Buthod-Garçon, Cyril Chartier-Poyet, Simon Manoha, Anne Verdier), des tons de brasier, des formes grotesques (Roberto Cuoghi). La matière est en fusion (Aneta Regel). Elle se transforme pour s’incarner en trognes grimaçantes, en bestioles
hagardes (Caroline Achaintre, Sylvie Auvray).

 


Enfin, le dernier climat s’assombrit pour embrasser des installations souvent imposantes se jouant des codes narratifs du monument (Jessica Boubetra, Elmar Trenkwalder, Duo Vertigo), des mascarades (Julie Béna, Johan Creten, Michel Gouéry) ou du conte (Nitsa Meletopoulos, Marlène
Mocquet, Anne Wenzel)

Les commissaires

Sous la direction artistique de Numa Hambursin, directeur général 
Commissariat : Vincent Honoré, directeur des expositions et Caroline Chabrand, curator, assistés de Deniz Yoruc 

Scénographie : Mr. & Mr. 

 

Artistes de l'exposition

Caroline Achaintre, Salvatore Arancio, Sylvie Auvray, Julie Béna, Jessica Boubetra, Gisèle Buthod-Garçon, Marianne Castelly, Cyril Chartier-Poyet, Johan Creten, Roberto Cuoghi, Michel Gouéry, Takuro Kuwata, Claire Lindner, Simon Manoha, Nitsa Meletopoulos, Marlène Mocquet, Sandrine Pagny, Aneta Regel, Brian Rochefort, Sterling Ruby, Elsa Sahal, Mathilde Sauce, Katrina Schneider, Elmar Trenkwalder, Tamara Van San, Marion Verboom, Anne Verdier, Vertigo, Nick Weddell, Anne Wenzel

 

Ci-dessous quelques photos, pour voir les légendes cliquez sur la photo

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Commentaire de Bernard Bachelier | 29.05.2022

Comment critiquer une exposition sans l’avoir vue  ! Pascal Grosjean nous en fait la démonstration. Merci. Et même, sans avoir l’intention d’y aller, comme semble l’indiquer la formule « je regretterai de ne pas y aller ». C’est dommage car notre ami aurait vu que cette exposition contredit, en tout point, son propos. Seules les productions de ceux que Pascal Grojean appelle potiers auraient droit au terme céramique. Or justement les céramistes exposés sont à la fois potiers et artistes. Ils maîtrisent une technique et travaillent la terre dans leurs ateliers, la plupart seuls à l’image de l’idéal de Pascal Grosjean. Mais ils sont aussi artistes car ils inventent de nouvelles formes qui donnent leur vision du monde. Il n’y a pas de différence de nature entre Elsa Sahal, Anne Verdier ou Gisèle Buthond-Garçon. Il y a des différences d’intention. L’exposition montre que ces éternelles classifications ne sont pas pertinentes.Il faut remercier les commissaires d’avoir repéré la diversité des pratiques. Sylvie Auvray fait des pots qu’elle cuit chez Charlotte Poulsen à la Borne. Ces artistes sont céramistes car l'argile, avec l'ensemble de ses processus, le traitement, le modelage et la cuisson, constitue leur moyen d'expression.

Commentaire de Pascal GROJEAN | 25.05.2022

Les absents ont toujours tort, je regretterai de ne pas y aller, cette exposition de sculpture semble très intéressante et provoquante, malgré ou grâce à un naturalisme échevelé.

En revanche, on pourrait une fois de plus s'interroger sur l'utilisation du terme céramique...Si ce terme désigne des pratiques d'artisans, des gestes techniques dont certains millénaires, des habitus sociaux, des démarches économiques, des productions (sans tourner autour, il s'agit de "pots" au sens très large et contemporain du terme) etc, alors parler de céramique ici parait légèrement discutable.

Ce qui interpelle, par exemple, est de voir dans cette exposition quelques noms qu'on était plus habitué à voir du côté de Treigny, Saint-Sulpice, Sèvre ou équivalent...un grand collectionneur français, qui n'a pas sa langue dans sa poche, répondait récemment à mes interrogations, en expliquant que les collectionneurs français de "pot" avaient des oursins dans les poches, et que pour vivre de son art il valait donc mieux parler de sculpture...
Il est vrai que la poterie est un terme devenu ringard... La comparaison avec le Royaume-Uni et ses studio potters pourrait aller dans ce sens.

Précisons qu'il ne s'agit pas ici de conservatisme : de nombreux grands "potiers" français et étrangers ont et ce depuis les années 50, produit des oeuvres aux confins des pots et de la sculpture, sans renier leur attachement aux pratiques évoquées, mais au contraire en les approfondissant, les modernisant, etc.

En ce qui me concerne, il y a plus de plaisir à voir comment un "potier" contemporain construit / déconstruit / reconstruit / déforme / bouscule / habille / déshabille ses "pots" en jouant sur/avec les contraintes du tour / du moule / des colombins (etc) / des engobes / des émaux / du feu...., que de voir des artistes s'adonner sans aucune contrainte à l'usage immodéré de l'argile et de l'émail en se proclamant céramistes (tout en faisant appel à des praticiens)... Chacun voit midi à sa porte.

Affaire à suivre ! et sans doute sans fin, à vrai dire.

PS : il y a de belles choses à ArtCeram2 2022 à Sèvres, pour tous les goûts. Des pots, mais pas que.

Commentaire de Alain CERVANTES | 24.05.2022

Merveilleuse exposition et agréable souvenir du vernissage et de la visite en présence des artistes et des commissaires. Félicitations aux céramistes pour leurs œuvres et à Vincent Honoré et Caroline Chabrand pour leur choix et pour la scénographie. Une exposition-clé pour admirer et comprendre la céramique actuelle. Merci à Bernard Bachelier pour avoir organisé cette visite et en avoir fait une page, à laquelle nous pourrons revenir, sur le site des Céramophiles.

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