“Les énergies de la Terre” à Limoges, une exposition aux multiples facettes
L’approche pluridisciplinaire de l’exposition “Les énergies de la Terre” du musée national Adrien Dubouché à Limoges donne un sens profond à l’art céramique. La Terre, à la fois source d’inspiration et matière première, délivre de multiples énergies. À voir jusqu’au 25 mai 2026.
Pour un collectionneur, la visite des musées est primordiale. Celle du musée national Adrien Dubouché de Limoges s’impose en ce printemps 2026. Son exposition “Les Énergies de la Terre” est éclairante. Elle donne un sens aux démarches artistiques de grands céramistes comme Icaro Maiterena, Bernard Dejonghe, Hervé Rousseau, Benoit Pouplard, Anaïs Lelièvre ou encore Camille Virot.
On comprend mieux d’où vient leur inspiration, d’où vient cette énergie qu’ils et elles mettent dans leurs créations, ce qu’ils et elles veulent exprimer à partir de la terre, cette argile.
LA TERRE, SOURCE D'INSPIRATION
Dès la première salle de cette exposition à voir d’ici le 25 mai 2026, l’amateur de céramique reconnaît le travail de Bernard Dejonghe. Son travail précis des émaux avec des effets de lumière sur ces formes aux allures de carapace de tortue sont régulièrement exposés.
Ici, la proximité avec un film sur les origines de notre Terre nous interpelle et le cartel nous éclaire :
“J’essaie de faire surgir, avec ces matériaux, l’énergie que je sens dans les pierres.”
Bernard Dejonghe
Cette énergie, elle est là, devant nous. Le film “Voyage aux origines de la Terre” nous rappelle que l’on compte en milliards d’années quand il s’agit de remonter jusqu’au Big Bang. L'émergence de notre planète, faite de “roches, de poussière et de gravité”, les traces laissées bien plus tard par les premiers hommes, nourrit l’inspiration des artistes.
Bernard Dejonghe a donné à ses œuvres exposées le nom d’Areshima, comme le site néolithique du désert du Ténéré au Niger. Bernard Dejonhe arpente la terre et ses déserts. Il recherche des “traces des énergies astrales”. L’artiste a même découvert une météorite au Niger. Ces voyages spatio-temporels, je les vois, je les sens quand je m’avance tout prêt d’un Areshima.
Changeons de salle et nous voilà à nouveau face à ce duo oeuvre-vidéo qui fait l’une des forces de cette exposition. Cette fois-ci, il s’agit du travail d’Icaro Maiterena.
Je me suis toujours demandé comment cet artiste espagnol créait ses formes si caractéristiques. L’exposition me donne quelques clés. Juste au-dessus d’ “Orogénésis Gestual XVII”, pièce de 2022 en grès, un documentaire livre aux visiteurs des clés pour saisir la profondeur du travail d’Icaro Maiterena. Le montage est subtil. On passe de l’immensité de paysages à des gros plans de céramiques. Plissements telluriques, plis d’argiles. Et surtout, on voit Icaro Maiterena caresser, presser, pétrir cette argile. Et je comprends mieux le titre de cette céramique posée juste devant le petit écran de projection : Orogénèse, cela veut dire “ processus de formation des chaînes de montagnes et des autres reliefs de l’écorce terrestre”.
“Faire de la céramique, c’est un peu comme danser.”
Icaro Maiterena
Icaro Maiterena est fasciné par les montagnes depuis l’enfance. Dans le riche catalogue de l’exposition, l’artiste explique qu’il “essaie de se renseigner sur l’orogénèse afin de la recréer” et, dit-il, il “est toujours surpris par le résultat”.
“Chaque pièce est un fossile du geste du contact peau-terre.(...) En créant, mes mains s’enfoncent dans l’argile, tantôt le pétrissage est doux et délicat, tantôt les coups provoquent la collision des plaques tectoniques.”
Icaro Maiterena
UNE VIEILLE HISTOIRE TRÈS ACTUELLE
La richesse de cette exposition repose aussi sur les multiples sens et interprétations du mot “énergie”. Ce mot traduit aussi bien l’idée d’un effort ou juste celle d’un combustible. Et en terre limousine, ce mot évoque surtout l’exploitation à ciel ouvert des mines de kaolin et le développement de l’industrie porcelainière.
Entre Limoges et l’“or blanc”, l’histoire dure plusieurs siècles. La création de Flora Basthier nous le rappelle. Cette artiste est membre du collectif Réfractaires, basé en Nouvelle-Aquitaine.
À l’occasion des 250 ans de la porcelaine à Limoges en 2021, comme on peut le lire sur son site internet, la jeune femme est allée “récolter” du kaolin, du quartz et du feldspath dans les anciennes carrières du Limousin pour ensuite les transformer elle-même en barbotine. Son médaillon reprend les codes de celui, réalisé en 1771, considéré comme le premier confectionné en porcelaine de Limoges. C’est le symbole du “renouveau des savoir-faire céramiques régionaux”.
Venir à Limoges, c’est aussi découvrir l’histoire de la porcelaine du même nom. Des industriels, des artisans, des artistes travaillent toujours la porcelaine. Jusqu’à la fin des années 50, les “hommes du feu” avaient un travail épuisant et non reconnu. Ils étaient chargés d’alimenter le feu pour les fours de l’usine des Casseaux. Une cuisson à flamme renversée de la porcelaine jusqu’à 1300 degrés.
C’est que l’on apprend lors d’une des visites guidées du four des Casseaux proposées par l’association “Espace porcelaine”, située à deux pas du musée Adrien Dubouché.
Aujourd’hui, les mines du Limousin ne sont plus exploitées, les cuissons sont au gaz. Deux constats qui posent la question environnementale. D’emblée, dès l’ouverture de l’exposition, la situation est campée. “ La flambée des prix de l’énergie “ rend indispensable une réflexion approfondie sur ces énergies à l'œuvre dans la céramique : de quelle nature sont-elles ? Peut-on les économiser ou les utiliser autrement ?” s’interroge Jean-Charles Hameau, directeur du musée national Adrien Dubouché.
LES 3E DE JEAN GIREL
Nous voilà confronter à des problématiques que l’on oublierait si l’on ne s’attachait pas à comprendre comment les artistes travaillent ce médium si particulier qu’est la terre.
Les visiteurs peuvent tisser des liens entre ce qu’ils ont, un jour ou l’autre, observé et la réalisation d'œuvres connues au préalable ou découvertes lors du parcours temporaire. L’un des grands intérêts de cette exposition est de contextualiser une pratique artistique et de montrer la technique.
Les céramistes ne sont pas des êtres coupés du monde. Une céramique ne prend sa forme définitive que par l’étape cruciale de la cuisson. Bois, gaz, comment créer en préservant la planète ? Il faut prendre le temps de regarder les vidéos qui jalonnent le parcours de l'exposition.
Même si celle consacrée à l’invention du four 3E par Jean Girel est en ligne sur You Tube, c’est intéressant de la regarder sur place pour, ensuite, observer des œuvres cuites selon cette technique moins consommatrice de bois. 3E cela veut dire que ce four est à la fois Écologique, Économique et Ergonomique. “ Auto-construit en quelques jours, précise le Centre Céramique Contemporaine La Borne, il coûte 4 fois moins cher qu’un four à gaz de même volume. Avec sa capacité de 650 litres utiles, il consomme entre 150 et 200 kg de bois pour des cuissons à plus de 1300°”.
LES ARTS DU FEU : UNE BOUFFÉE D'OXIGÈNE
Au départ, il y a le minéral et la chimie des éléments. L’artiste céramiste est aussi un technicien mais c’est son intention qui nous touche. Après avoir été confronté à l'âpreté de la technique, le visiteur prend, en quelque sorte, de la hauteur, son esprit peut s’élever, voguer dans les airs !
“La céramique est “chargée de manière affective, esthétique, spirituelle ou occulte. Elle s’inscrit ainsi dans un théâtre complexe au sein duquel circulent les énergies non quantifiables de l’enthousiasme, de la magie ou de l’émotion”.
Jean-Charles Hameau, directeur du musée national Adrien Dubouché.
Nous voilà plongés dans le “sacré”, ce lien invisible tissé par l’artiste entre son œuvre et la société. Impossible de tout dire, de tout montrer tellement l’exposition est riche. Juste un coup de cœur et une découverte !
Le céramiste Zhuo Qi jette des ponts entre les siècles et les civilisations. Pour sa série, The Fragile Accord, l’artiste fait ressurgir les qualités esthétiques et l’ancienneté d’objets cassés, oubliés, abandonnés. “Le potentiel magique de ce qui est raté” contraste avec la modernité du verre soufflé.
Le musée Adrien Dubouché est bien un “passeur d’énergies”. Le visiteur ressort de cette exposition enthousiaste, enrichi, avide de découvertes. En un mot, rempli d’énergies !
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