Boris Cappe, Exposition "Terre-Rien"
Terre-Rien, fragmentiste d’un instant
À l’occasion de l’exposition qu’il présente au Centre de Céramique de Giroussens, « Terre-Rien, fragmentiste d’un instant », Boris Cappe m’a accordé un entretien.
Exposé dans la salle du haut, il a réussi à apprivoiser l’espace intimiste qu’elle renvoie en le transformant en un univers digne des planètes de Saint-Exupéry. Tout à coup, le visiteur se retrouve à petite échelle face à ces astres qui semblent tourbillonner autour de lui. L’effet est saisissant.
À voir jusqu’au 27 septembre 2026 à Giroussens.
Que signifie le titre de l’exposition, Terre-Rien, fragmentiste d’un instant ?
Ce qui me plaît dans ce titre, c’est le jeu de mots. On peut y entendre « terrien », « t’es rien », le matériau terre, mais aussi nous, les Terriens. Comme si nous n’étions finalement pas grand-chose. Nous venons de la poussière d’étoiles et, en même temps, nous vivons ici, minuscules à l’échelle de l’univers.
Le « fragmentiste » est celui qui écrit une histoire très courte. J’aime l’idée que chaque pièce puisse raconter un fragment de récit, un instant suspendu. On s’arrête quelques secondes devant elle, puis quelque chose s’ouvre, nous emmène ailleurs, nous parle.
Les petites cabanes posées sur des astéroïdes sont devenues emblématiques de ton travail. Que représentent-elles ?
Ce qui m’intéresse, c’est la disproportion entre la masse imposante du rocher et le caractère minuscule, presque fragile, de la cabane. Une résonance se crée entre ces deux échelles.
À l’intérieur de chaque cabane, il y a du mobilier, des petites scènes. L’idée est que chaque visiteur puisse imaginer la personne qui pourrait vivre là. Chaque cabane produit son propre imaginaire.
Certaines de mes planètes sont même construites comme des corps : le caillou devient le corps et la cabane, perchée au sommet, en est la tête, ou peut-être l’âme.
As-tu le sentiment de prélever des morceaux du monde ou d’en reconstruire un ? Le visiteur a-t-il un rôle à jouer ?
Le visiteur doit faire une partie du travail. Il doit se projeter à l’échelle de ces mondes miniatures, imaginer qu’il est dessus et prendre le temps de méditer. Les œuvres sont des invitations à un voyage intérieur.
Tu cuis toujours tes pièces en collectif ?
Oui, la plupart de mes pièces sont cuites dans le four anagama de Tristan Chambaud-Heraud. L’une d’entre elles a cependant été cuite dans mon four à gaz, que je viens de réinstaller.
Sur ces œuvres, je travaille également beaucoup les matières. Les projections de cendres et d’oxydes et de différentes chamottes participent à leur caractère, à leur texture. Sur la pièce cuite au gaz, les émaux jouent également un rôle important.
Tu présentes aussi de grandes œuvres planes.
Oui, une série que j’appelle « les Cartes ». Elles évoquent des territoires, des chemins ou des paysages vus d’en haut. Les paysages sont créés par de différentes projections de porcelaine pendant le coulage. Je découvre le paysage quand je vide l'excès de poulaine de coulage.
J'y incorpore des traces de pas pour donner une notion d'échelle et faire entrer le spectateur dans le paysage. J’y vois le passage du temps, l’idée de laisser une trace sur Terre. Les cartes sont présentées parfois par deux, trois ou plus pour accentuer le caractère narratif et la lecture dans le temps.
Il y a une oeuvre avec une silhouette humaine peux tu nous en parler ?
Pour la Biennale de Saint-Flour, j’ai créé une série de fossiles à partir des empreintes d'humains : moi-même, mes enfants et ma compagne. Nous nous sommes imprimés dans la terre, de la tête aux pieds.
Cette trace interroge ce que nous laissons derrière nous. Elle rejoint la réflexion menée autour des cabanes : celle d’un être humain confronté à la quête de sens et à la brièveté de son passage dans le temps.
Aujourd’hui, ce nouveau travail marque déjà une évolution dans ma démarche. Les questions soulevées par les cabanes demeurent présentes, mais elles se déplacent vers d’autres formes et d’autres traces. Je sens que cette recherche est en mouvement et qu’elle m’entraîne progressivement vers de nouveaux territoires de réflexion.
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