Une journée au marché de Giroussens 2026
Invités par le président de l’association Terre et Terres, Sébastien Barrère, les céramophiles ont bénéficié d’un rendez-vous privilégié autour de la céramique contemporaine lors du 35e marché de Giroussens.
La matinée a démarré par une visite privée de l’exposition « Barock. Trop, c’est juste assez » au sein du Centre de Céramique Contemporaine de Giroussens en présence d’un des commissaires de l’exposition Eric Faure.
12 céramistes français et internationaux sont exposés. La présentation sobre et bien pensée permet une belle lisibilité de chaque œuvre. Et ainsi, on constate la multiplicité des propositions autour d’un baroque réinventé, la liberté avec laquelle les artistes se sont saisis du thème tout en restant pour beaucoup proche du contenant. De la couleur, de la complexité formelle, des assemblages, une richesse de détails, des émaux riches, denses...
Lynda Draper, céramiste australienne, présentait une sculpture en structures ajourées couverte d’un émail blanc laiteux et surmontée de boules rondes colorées. Elle travaille à partir de colombins de porcelaine qu’elle pince, assemble, superpose. Forme légère, on regarde autant le vide que la matière. Peut-être voit-on des silhouettes en équilibre ou tout autre chose... On est séduit.
Le contenant lui-même sert de support à différentes formes de narration.
Les récits mis en œuvre peuvent passer par la saturation d’images, de mots avec Jennifer king et ses récits autobiographiques (ses dessins sont également très intéressants), par la création de micro-paysages avec Soyoung Hyun, par une transmission à la fois populaire et sacrée avec Audrey Ballacchino dont les œuvres sont installées comme une sorte de banquet, de « théâtre d’objets » familiers d’une grande beauté formelle. En s’approchant ces objets du quotidien (corbeilles de fruits, fleurs...) apparaissent singuliers, ambigües. Elle utilise des émaux noirs ou crème, vibrants.
Le contenant reste encore visible avec Victor Alarçon mais perd toute fonction utilitaire. Il additionne, déforme, utilise des émaux denses et met en scène tous ces éléments d’une manière quelque peu déroutante. On regarde l’ensemble, on regarde chaque élément, notre perception de la forme est troublée. L’essentiel est là, on regarde.
La forme elle-même se transforme, devient hybride avec Nitsa Meletopoulos et son ornementation très poussée, des émaux denses et des couleurs intenses.
Nitsa Meletopoulos et victor Alarçon ont développé un projet à 4 mains qui joue sur l’hybridation poterie/ sculptures en transformant des flacons en objets sculpturaux, ludiques, sacrés, précieux. Un jeu particulièrement réussi.
Le vase se transforme par un jeu d’assemblages de pièces tournées, modelées, trouvées avec Anja Marschal. Marie-pierre Biau va jusqu’à un certain chaos avec de nombreux effets de surface (engobes, oxydes, dessins).
Laure Rivoal opère une tension entre l’objet d’usage et la sculpture. Une série de tasses de porcelaine anciennes récupérées et réassemblées, prises dans l’argile deviennent des sortes d’objets antiques, des jeux de superposition avec des rajouts de petits personnages. Ces pièces nous intriguent techniquement, nous font sourire, nous questionnent sur la présence de l’objet au fil du temps. Cette série a été une belle découverte.
Tous les céramistes présentés sont très intéressants dans leur démarche. Vraiment une très belle exposition !
Jennifer king et Lyndra Draper sont représentées par la galerie Lefebvre et fils.
En sous-sol, une exposition « Hommage aux enfants de la terre » (jusqu’au 4 juillet) rend hommage à trois de ses membres fondateurs, disparus en 2025, Jacques Czerwiec, potier spécialisé dans la terre vernissée qui à la fin de sa vie produit des décors plus abstraits remplis de couleurs, absolument superbes. Didier Imart, et Jean-Michel Prêt, céramiste et dessinateur. Petite exposition très intéressante. Un bel hommage.
Nous avons poursuivi la visite avec Sébastien Barrère au Carré sculpture, à la rencontre de 4 céramistes exposés en plein air. Une pluralité représentative de courants actuels de la sculpture céramique.
Murakami, artiste japonaise installée dans le Gard, crée des sortes de fragments de paysages érodés, façonnés par le vent, l’eau. Il y a quelque chose de silencieux dans ces paysages même si on perçoit également les forces naturelles. On contemple, les nuances sont subtiles. Selon elle les pièces ne se « fabriquent » pas mais se reçoivent de l’expérience du paysage. Sans doute le paysage gardois où elle vit !
Réjean Peytavin présentait essentiellement une série de vases qu’il crée en superposant de petits colombins de porcelaine fixés par de la barbotine. Ses vases passent du dessin au textile (kilims et tapis tissés par des artisanes marocaines) avant d’être réinterprétés en céramique. A chaque passage il modifie la forme tout en en préservant une sorte « d’intégrité » conceptuelle. Il joue aussi avec ses émaux, mats, brillants... Et enfin la cuisson est pensée comme un moment de tension et de risque. Une démarche intéressante et réussie.
Lelizaveta Portnova, céramiste ukrainienne s’inscrit dans une céramique narrative travaillant sur la mémoire, l’exil. Des assemblages, des superpositions pour créer des volumes, des formes hybrides avec des engobes, des glaçures comme une peau. A nous de déchiffrer ces ensembles composites.
Claude Devillard présentait une série « Terres de territoire » en grès sculptés. Ses volumes faits à partir de terres prélevées dans les champs, souvent architecturés en blocs, comme usés par le temps évoquent notre manière d’utiliser la terre. Il coupe créant des strates de terre permettant à la lumière de circuler. Il inscrit régulièrement une ligne blanche sur ses pièces, sorte de repère mental nous invitant à circuler autour, à suivre une faille géologique, un repère cartographique...
Après une pause au café céramique, balade dans le marché lui-même. 65 exposants venant de France et d’Europe, un bel aperçu de la diversité actuelle de la céramique contemporaine.
Une visite à l’atelier de Sébastien Barrère et son jardin peuplé de créatures étranges, proliférantes, couvertes d’émaux vifs ou d’émaux plus sourds qu’il élabore lui-même. Un monde joyeux, onirique et troublant. Des petits Nac de la planète Oxo m’ont fait de l’œil. Un beau succès aussi pour ses bols colorés et rigolos.
Le travail essentiellement en porcelaine d’Ariane Blanquet tout en délicatesse, légèreté a été une belle découverte. « Une cartographie de l’intime » comme elle décrit sa pratique. Des formes simples, des sortes de gribouillages, traits de céramique, fines plaques qu’elle superpose. Elle dessine et prolonge son dessin par la céramique, les 2 se nourrissent. On se demande comment tous ces petits signes colorés tiennent. Il faut parfois recommencer mais rien n’est perdu, elle réutilise, un autre assemblage, un autre jeu... Le thème de la maison est aussi récurrent. Elle peut être schématisée, morcelée, un toit, une fenêtre... mais reste immédiatement reconnaissable, fragile et refuge. Un sens du jeu, de la couleur, de la légèreté. Une belle installation...
Eric Faure se consacre à la porcelaine, choisie pour sa blancheur. Il tourne d’abord ses pièces, ensuite il affine, incise, évide jouant de la translucidité de la porcelaine, des effets mats et brillants. Ses sculptures, ses constructions architecturales élancées sont très belles avec des effets de vide et de plein. La lumière l’inspire.
Des grés émaillés de Flore Loireau étaient présentés à l’atelier des possibles. Elle monte ses formes au colombin et utilise des émaux de cendres et des engobes de porcelaine. Des formes rondes, des surfaces marquées, satinées, proches de la matière minérale. La surface devient un territoire.
Jeremy kaela, céramiste américain vivant en France, a une belle expression pour parler de son travail « dancing with clay » / « danser l’argile ». Il tourne surtout des bols à thé et joue ensuite avec les émaux. Parler de ses expérimentations autour de l’émail est vraiment intéressant. Chaque bol a son histoire...
Le stand de Tanguy Fraiture attire par des formes épurées avec un beau travail de tournage, et de beaux grès ocres. La terre brute est mise en valeur par un jeu de contraste entre des parties polies et d’autres dans lesquelles la chamotte est révélée lors du tournassage. De la douceur et de la rugosité coexistent, comme dans l’Aveyron où il vit.
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Comment parler de tous les céramistes installés dans les rues de Giroussens, il y avait de très belles choses, des gens passionnés. Il aurait fallu une 2e journée.
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