Lukas RICHARZ, artiste de l'été 2026 - le bol comme langage universel
Originaire de Caen, Lukas RICHARZ (né en 1984) est diplômé de l’École supérieure des Beaux-Arts de Caen en 2009. Artiste plasticien de métier, il découvre la céramique lors d’un long séjour en Australie, où il s’initie à la richesse du travail de l’argile et découvre la tradition japonaise. Sa pratique est cependant celle d’un autodidacte, ancrée dans un apprentissage personnel du tournage.
Revenu en France, il démarre son activité en 2015 dans un garage, sur un tour à pied fabriqué par Philippe Godderidge, puis s’installe à Bretteville-sur-Odon dans le Calvados en 2018. Il crée depuis lors des pièces uniques : bols, gobelets, coupes, vases, jarres... Lukas travaille principalement le grès, éventuellement mélangé avec de la porcelaine car « cela lui a permis de passer outre le coté intimidant de l’exigence technique de la porcelaine » tout en bénéficiant de la blancheur de cette matière. Il garde en effet de son approche d’autodidacte une grande humilité devant la terre.
Le bol, cette forme simple et immémoriale, occupe une place singulière dans sa démarche. Loin de considérer cet objet comme un simple récipient utilitaire, il en fait le point de départ d'une recherche plastique originale : pour lui, cette forme dépasse largement sa fonction première. Elle constitue un véritable vocabulaire plastique, partagé par toutes les cultures. Comme il l'écrit lui-même : « Le bol […] est pour moi un Signe, au même titre qu'un Mot faisant partie du vocabulaire formel universel. Il est compris par tous, et chacun se l'est approprié à sa manière. Faire un bol, c'est se donner une chance de pouvoir parler au monde entier. »
Source : https://www.lukasricharz.eu/about.
Figure 1 - exposition galerie RJ, Caen, 2026
Chaque bol sorti de ses mains et de son four devient ainsi un objet vivant : il évoque le partage, le repas, le rituel, mais aussi la contemplation et le temps qui passe.
Le choix de privilégier une forme unique n'est donc pas une limitation, mais un principe de création. A ce choix s’ajoute une recherche très personnelle sur les décors qui ne doivent pas être plaqués sur le bol, mais au contraire entrer en dialogue avec ce support.
Par exemple il scarifie souvent ses bols pour marquer le temps qui passe. Il utilise aussi un vocabulaire de signes posés à l’engobe, signes simples empreints de symbolique : croix, cercle, flèche … Enfin, il développe pas à pas une gamme d’émaux magnifiques, mettant en évidence les possibilités de la cuisson électrique : des noirs satinés, des verts qui évoquent les Oribe japonais, des bleus profonds, des émaux de cendres… et peut-être un jour les Céladons, qui sait ?
Figure 2 – grès et porcelaine, tourné, engobe, émail type Oribe, 2022
La cuisson en elle-même fait l’objet d’une attention extrême. Il peut cuire ses bols à l’envers, sur des pernettes, et provoquer ainsi ces gouttes, stalagmites miniatures.
Figure 3 – grès et porcelaine, tourné, scarifié, cendres, 2026
Ou bien il les cuit sur le côté, sur des coquillages glanés sur les côtes normandes, et obtient ainsi des empreintes évocation de fossiles. Cette technique lui permet de travailler et émailler les pieds de ses bols, en s’inspirant de la tradition japonaise – on raconte souvent qu’un céramophile japonais regarde en priorité le pied des bols convoités… L’attention aux détails les plus humbles est une des caractéristiques du travail de Lukas RICHARZ.
Figure 4 - l'attention aux détails
Depuis peu, il explore d’autres voies pour ses bols : d’abord la voie de la porcelaine, qu’il aborde désormais sans crainte et dont il explore les possibilités.
Figure 5 – porcelaine chamottée, tournée, émail noir satiné, 2021
Il s’intéresse également aux présentations de ses œuvres (bols, vases) dans des boîtes en acier noir avec un accompagnement sonore, présentations qui s’harmonisent avec ses bols et donnent ainsi une orientation sculpturale pleinement contemporaine à son œuvre.
Figure 6 - exposition galerie RJ, Caen, 2026
Cette fidélité au bol rappelle que l'innovation en céramique ne réside pas nécessairement dans la multiplication de figures baroques ou dans la recherche d’émaux à effets spectaculaires, mais qu’elle peut s’accomplir au contraire dans l'approfondissement patient d'une recherche où chaque pièce constitue une nouvelle étape.
Depuis une dizaine d’années, le parcours de Lukas est reconnu dans le paysage céramique contemporain français. Parmi les étapes marquantes de sa carrière figurent sa découverte de la céramique en 2013, sa rencontre avec le céramiste Philippe GODDERIDGE en 2015, ainsi que ses participations au salon Saint-Sulpice Céramique à Paris à partir de 2020. (Voir l’article de la Maison Wabi Sabi )
Cette œuvre illustre à merveille l’affirmation que la tradition céramique n’est pas un cul de sac mais un tremplin vers le futur lorsqu’on sait l’interroger – Lukas RICHARZ pose les bonnes questions et il obtient des réponses qui valent le détour.
Crédits photos:
exposition = Jeanne DUBOIS PACQUET
pièces présentées = Lukas RICHARZ
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